• Madimoma

Le plaisir alimentaire dans l'enfance

Est-ce que mon enfant mange suffisamment ? Est-ce qu'il aimera tout, s'il ne mange pas de tout ? Est-ce qu'il est capricieux parce qu'il refuse de finir son assiette ? Est-ce qu'il est irrespectueux lorsqu'il patouille dans son assiette ?


Il me semble que tous les parents se posent des questions sur l'#alimentation de leur enfant, au point de tomber sur de vrais casse-têtes certaines fois. Je vous propose une réflexion personnelle sur l'alimentation, pour vous inviter à échanger et à nous nourrir mutuellement ;)


J'ai été une enfant "difficile" sur le plan alimentaire. A partir de 2 ans m-a-t-on dit, j'ai commencé à refuser de nombreux aliments. La liste de mes #aversions s'allongeait au fil du temps, incluant les pommes de terre. Franchement pas pratique pour mes parents. J'ai souvenir de devoir terminer mon assiette, rester à table après que tout le monde soit sorti, privée de dessert, menace de finir mon assiette au goûter... Vous reconnaissez peut-être certaines de ces situations. Bref, j'ai vécu une véritable anticipation anxieuse des repas. Manger est devenu pour moi synonyme de galère et non pas de plaisir. Vous vous dites peut-être à ce stade : "Oula c'est une histoire qui finit en anorexie ou boulimie ça !" Et bien non et tant mieux. Ce qui m'a sauvée ? Un #collège à 12km qui m'obligeait à rester au self le midi. Et qui dit self, dit choix ! Ah ! Vous commencez à voir où je veux en venir ? A partir de 11 ans, j'ai donc pu choisir parmi plusieurs entrées et dessert chaque midi, demander la quantité qui me convenait pour le plat principal, manger du pain quand rien ne me plaisait et laisser dans mon assiette ce qui ne me plaisait pas. Je pouvais donc manger sereinement, rire avec mes copines et prendre des forces pour l'après-midi. Et le bonus : je prenais des #frites que je distribuais ensuite à mes amies. C'était donc une chose positive que je n'aime pas les patates. A quoi ça ressemble tout ça ? A de l'#Autonomie bien sûr. Et il me semble que c'est ça la clé d'une alimentation heureuse.





Alors, on reprend au début ?


Le #nouveau-né est entièrement dépendant de ses parents pour être nourri. Il pleure lorsqu'il ressent l'inconfort de la faim, jusqu'à ce qu'on l'allaite (sein ou biberon). Il comprend peu à peu que ses cris amènent une réponse réconfortante, c'est-à-dire être nourri. Jusque là, c'est facile. Sauf que parfois, on est #parent d'un enfant qui ne boit pas les quantités recommandées par les pédiatres (et les boites de lait). Il commence un biberon, en boit la moitié puis s'arrête. Il redemande 2h après alors qu'il "aurait dû" tenir 4h. On se sent impuissant, parfois dupé par son propre enfant, anxieux qu'il ne mange pas suffisamment et parfois inquiet d'être considéré comme un parent négligeant. On est alors crispé au moment des biberons, parfois agressif puis culpabilisé de l'avoir été. Bref, le repas n'est pas un plaisir. Peut-être peut-on se rappeler que notre propre appétit d'adulte est variable dans le temps, que parfois nous mangeons un petit repas et grignotons après, que d'autres fois nous reprenons du rab. Rappelons-nous aussi que si nous mangeons 3 fois par jour c'est uniquement par apprentissage culturel et que notre enfant a sûrement un rythme propre et unique pour se nourrir. Etre à l'écoute de ses besoins sans les anticiper, accepter que son appétit varie, que sa courbe de poids ne soit pas dans la moyenne… ce sont des outils précieux. Une super gastro-pédiatre m'a dit un jour, "l'important est que la #courbe ne montre pas de cassure. Si votre enfant est tout en bas, ce n'est pas un problème". Le monde est fait de personnes différentes. Et plus notre enfant ce sentira entendu dans ses besoins réels et non pas ceux qu'on imagine pour lui, plus il aura plaisir à manger et donc nous à l'accompagner.





L'étape suivante est celle de la diversification. Certains enfants vont dévorer plusieurs cuillères de #purée dès la première expérience quand d'autres refuseront obstinément d'ouvrir la bouche. Et ce n'est pas un problème. Une de mes collègues avait reçu comme conseil d'un médecin : "Commencez par les poireaux. C'est le légume que les enfants détestent le plus. Proposez-en tous les jours jusqu'à ce qu'il les mange. Après il mangera de tout". Ca me semble être le meilleur moyen d'entrer dans un modèle de repas conflictuels. Peut-être que cette méthode fonctionne très bien d'un point de vue pratique mais au niveau symbolique, il s'agit de refuser d'emblée que notre enfant puisse accepter ou non un aliment. Cela présage des oppositions fortes si par la suite, certaines aversions apparaissent. Sentons-nous libre de proposer des aliments différents, observons avec joie les mimiques de notre enfant, varions les goûts et les couleurs. On se sentira nettement plus détendu si on voit ce moment comme un jeu de découverte et pas comme un enjeu alimentaire.





Vient ensuite la phase d'autonomie du geste alimentaire. Manger avec les doigts, utiliser une cuillère, boire dans un verre... Il s'agit d'une période d'apprentissage, qui passe par des tâtonnements, des essais/erreurs et du jeu. Alors oui, notre enfant va en mettre partout, va renverser son verre, retourner son assiette, nous éclabousser, cracher, mélanger des aliments que nous trouvons incompatibles, boire son verre plein de purée... Et non, il ne deviendra pas un enfant sale ou mal élevé. C'est une étape nécessaire à la découverte des textures, des goûts, des gestes et des normes culturelles. On peut bien sûr dire calmement ce que est autorisé ou non. Lancer la purée sur les murs, cracher sur nous... C'est évidement désagréable. Mais il faut dire non, pourquoi c'est non et surtout redire ce qui est autorisé. Encourager le manger-main et la patouille fera beaucoup mieux vivre le refus de lancer l'assiette :) Et bien sûr, on permettra une autonomisation qui est nécessaire à la confiance en soi et au plaisir alimentaire.





Dernière étape sur laquelle je veux revenir : la #néophobie alimentaire. C'est une phase vers 2/3 ans pendant laquelle les enfants refusent les nouveaux aliments, surtout les légumes et décident parfois que seules les pâtes méritent d'atterrir dans leur assiette. Evidemment, c'est une période agaçante pour les parents. Nous sommes persuadés du bien fondé de l'absorption des légumes verts, des fruits crus... Nous passons du temps en cuisine pour entendre à la première seconde où nous posons le plat sur la table : "BEURK ! J'aime pas !"

Que faire alors ? Une chose simple et claire : Ne pas forcer ! Ce qui est possible : proposer de goûter, négocier pour quelques cuillères, détourner l'attention en riant et en jouant, féliciter d'avoir eu le courage de goûter. Ce qui n'est pas possible : ne rien servir d'autre à notre enfant, impliquant qu'il ait faim. Il va associer le fameux légume refusé à une punition. Ne pas crier, menacer, resservir à tous les repas. La meilleure chose qu'on puisse faire c'est montrer que nous avons beaucoup de plaisir à manger cet aliment, le reproposer régulièrement sous d'autres formes et accepter que notre enfant le mangera peut-être d'abord dans un autre contexte : à la cantine, chez un copain ou chez ses grands-parents. Et rappelons-nous que nous intégrons de nouveaux aliments tout au long de notre vie. Tout ne se joue pas à 3 ans.





Je conclurais sur une note de #bienveillance à l'égard de nos parents. Pourquoi avons-nous été forcés à manger ? Parce que manger, c'est vivre. L'enjeu est tellement fort, qu'une part du parent peut devenir déraisonnable par peur que son enfant soit en mauvaise santé, voir en meurt. Mais une vie sans plaisir, ce n'est pas la panacée. Alors keep cool ! Un enfant ne se laissera pas mourir de faim. Il mangera ce dont il aura besoin pour grandir. Nous sommes juste là pour l'accompagner vers l'autonomie. Et quand on se sent en difficulté, c'est vraiment super d'oser en parler à des professionnel.les de santé (médecin, pédiatre, psychologue...)


PS : Vous pouvez retrouver les articles Madimoma pour des repas barbouillés ici.

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